Mon parcours dans une secte

« Paroles partagées », une émission proposée par le pôle de la fédération protestante de France. J’ai été interviewée sur mon parcours dans une communauté chrétienne à dérive sectaire où j’y suis restée pendant 6 ans.

Comment je me suis retrouvée dans une secte ?

Je viens d’une famille monoparentale où on évitait de parler de Dieu.  Ma grand-mère était une catholique fervente qui écoutait chaque dimanche la messe à la télévision. Dans le quotidien elle ne démontrait pas l’amour du Christ dans ses actes, quant à ma mère,  elle restait en retrait de la religion. Elle ne concevait pas l’idée d’un Dieu qui « accepte autant de souffrances dans ce monde ».

Quand j’eu l’âge de comprendre et de lire, ma grand-mère m’ initia à la Bible. Elle me la lisait et m’avait appris la prière sacerdotale. Elle s’intéressait enfin à moi. Elle me racontait la vie de Jésus, ses enseignements. J’étais subjuguée. J’avais une foi enfantine. Lors d’un film, je me suis mise à pleurer à chaudes larmes lorsque Jésus s’est fait crucifier sans que personne n’intervienne ! Mon cœur d’enfant était révolté de cette injustice et je ne comprenais pourquoi tant de méchanceté et d’injustice.

Mais ma mère s’est opposée de plus en plus à cet enseignement. Elle refusait qu’elle me parle de religion. Si Dieu existait, Il n’aurait pas permis que son unique enfant meurt. Elles se disputaient souvent à ce sujet. Ma grand-mère avait beaucoup prié pour sa petite-fille, ma mère est restée très amère après son décès.

Pour couper court à leurs disputes, j’ai donc renoncé à alimenter leur conflit. De plus ma grand-mère n’a pas été un modèle d’exemple de gentillesse et de douceur. Plus elle pouvait me blesser par ces mots ou par son comportement plus elle semblait s’en réjouir. Je trouvais qu’il y avait une incohérence entre ce qu’elle prônait et ce qu’elle démontrait par ses actes. Pourtant dans mon cœur, l’histoire de Jésus m’avait interpellée. Je ne comprenais pas pourquoi on l’avait mis à mort alors qu’il enseignait l’amour, la tolérance, le pardon…

Par la suite, une connaissance m’a parlé de Dieu. Je lui ai répondu que je voyais dans ce monde plus les œuvres du diable que celles de Dieu. Mais il m’a répondu que s’il existait un faux billet, il pouvait donc exister un VRAI ! Cette phrase m’a fait l’effet d’une bombe !  Il est  vrai que s’il existe une fausse copie, il existe aussi une VRAIE quelque part.  Je voulais approfondir ma réflexion et nous avons beaucoup parlé.

C’est ainsi que j’ai accepté au bout d’un certain temps de rencontrer une communauté dite chrétienne à Thonon-les-Bains.

Je ne me suis absolument pas méfiée, je faisais totalement confiance à l’homme avec qui j’envisageais de me marier.

Au début, tout était si beau, c’était comme une nouvelle « famille « , une nouveauté de vie. Cela répondait tellement à mon besoin d’être respecté, d’appartenir à quelque chose de bien. Tous semblaient être respectueux, polis, intègres. Je pensais que toutes les personnes vivaient comme ce qui était enseigné dans cette église, dans la gentillesse et dans l’amour de son prochain puis peu à peu, je me suis rendue compte que ce n’était qu’une façade. Les gens se surveillaient et se critiquaient. J’étais triste mais mon cœur était avide d’être enseigné. Je ressentais vraiment ce besoin impérieux de relation avec l’Esprit de Dieu, avec Son amour. J’avais besoin qu’il me pardonne car je me sentais toujours en faute. J’avais besoin de me sentir aimée inconditionnellement.

Pourtant dans leurs enseignements, des doctrines étranges étaient enseignées : la femme était réduite à une image de « salope ». Cela peut paraître excessif dans mes propos, mais vous allez lire les extraits à la fin de cet article. Je savais que ce n’était pas juste de parler de cette manière de la femme mais j’étais endoctrinée et je laissais mon esprit critique de côté par crainte de passer pour une « rétrograde », terme utilisé pour dire que l’on n’appartient plus au groupe, que l’on est reparti dans les ténèbres et que l’on risque d’être la proie de tourments par le diable…Les femmes dans ces églises sont obligées de porter des longues jupes, elles ne se coupent jamais les cheveux, ne se maquillent pas, elles ont de nombreux enfants et se marient entre membres de la même mouvance. Elles n’ont pas le droit d’enseigner et doivent rester dans le silence. Elles n’ont pas le droit de se remarier quand elles divorcent.

Quand j’ai pris conscience du danger de ces enseignements, j’ai  dénoncé cette secte mais l’association de défense les droits des victimes n’a même pas pris en compte mon témoignage ! Vers qui se tourner quand on sort de ces conditionnements spirituels ? Personne ne fut là pour me soutenir et pour me permettre d’y voir plus clair.

J’avais à l’époque une piètre estime de moi-même et ces enseignements me confortaient dans mon jugement de valeur sur moi-même. Je pensais que mon salut viendrait par mon mariage et le fait d’avoir des enfants.

Je suis restée 6 ans dans l’enfer d’un homme qui utilisait leurs enseignements pour légitimer sa violence verbale, sa domination, son emprise. A mon pasteur il s’est plaint de moi que : « j’étais une mauvaise épouse, une mauvaise mère, une mauvaise femme au foyer ! ». Malgré le fait qu’il me connaissait, la parole de mon conjoint a eu un impact sur lui.

Je comprends maintenant comment on peut se laisser endoctriner sans réagir. Notre manque de confiance, notre dévalorisation de soi sont les meilleures brèches pour nous rendre vulnérables et nous laisser mettre sous emprise par des personnes en mal d’autorité et de reconnaissance. 





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